Du 8 décembre 2018 au 3 février 2019

Les semences / « Eléments de langage » / Le Nouveau Ministère de l’Agriculture

Les semences / « Eléments de langage » / Le Nouveau Ministère de l'Agriculture

Dans le cadre du programme Les semences proposé par Stéphanie Sagot, artiste associée de La cuisine, centre d’art et de design.

« La France a besoin dans dix quinze vingt ans d’une agriculture marquée par sa puissance et son caractère libéral. »
Jacques Chirac, ministre de l’agriculture et du développement rural, Congrès des agriculteurs des régions de montagne, Clermont Ferrand, 1972.

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Le nouveau ministère de l’agriculture, l’arbre de la productivité, 2018.

Le Nouveau Ministère de l’Agriculture a été créé par les artistes Suzanne Husky et Stéphanie Sagot. Elles ont uni leurs intérêts pour l’art, la politique et l’agrobusiness. Ensemble, elles constituent une fausse entité politique visant la prise de conscience. Elles moquent un système qui a fondé toute son organisation sur l’exploitation et l’extractivisme en niant la complexité du vivant et les relations interespèces.

Quelles que soient les orientations politiques des différents gouvernements, les politiques agricoles se construisent dès le 19ème siècle sur une idéologie productiviste et industrielle dans laquelle le progrès s’appuie sur l’idée d’une nature à exploiter. Pour cette nouvelle exposition, le Nouveau Ministère de l’Agriculture constitue ses Eléments de langage, un lexique pour porter sa politique, et étudie les mots de cette agriculture moderne qui n’a eu de cesse de “rationaliser” la production dans une perspective de développement des rendements et une quête de croissance. Dans cette perspective, il mène des recherches aux Archives Nationales sur les discours des ministres de l’agriculture depuis la fondation du ministère en 1836.

Des fragments de texte synthétisant de grandes lignes politiques, ou encore des éléments plus anecdotiques prêtant à sourire, sont extraits des discours. Assemblés dans une construction dynamique, ils sont lus et diffusés sous la forme d’une installation sonore augmentée d’une édition permettant au visiteur de se saisir de cette histoire. Classés par ordre chronologique, ils restituent les idéologies et les enjeux de leur époque autour de notions clés telles que la productivité, la rentabilité, l’innovation, le progrès, l’économie de marché, la tradition, la technologie… Si des sujets de bien-être animal, d’environnement ou de paysage viennent progressivement nuancer les propos et ouvrent à de nouvelles préoccupations, écologiques notamment, les lignes directrices mettent en avant un système qui ne se remet quasiment pas en question. Dans ces discours presque exclusivement prononcés par des hommes, la Nature n’est pas envisagée comme entité vivante mais comme une ressource de même que le travail de la femme n’est jamais reconnu, ainsi qu’en témoigne le terme ‘femme d’exploitant’.

Ces éléments de langage montrent comment des champs de connotation liés à la raison, à la rationalité, à l’innovation et à la scientificité viennent habiller des logiques extractivistes qui, du point vue écologique et social, peuvent aujourd’hui apparaître comme des antonymes en étant irrationnelles et déraisonnables. Souvenons-nous à ce titre que pour Platon la perversion de la cité commence par la fraude des mots.




Les semences est un programme d’expositions, de performances et de conférences proposé par Stéphanie Sagot, artiste associée à La cuisine durant les automnes 2018,2019 et 2020.


« Désignant aussi bien le liquide séminal que les graines, les semences portent en germe une vie, aujourd’hui sous contrôle.

La graine dans sa dimension végétative constitue une sorte d’existence en suspend, cachant derrière son apparence inerte une possible germination, désormais contrôlée par les entreprises de biotechnologies agricoles et les politiques publiques.

Le liquide séminal est actuellement prélevé, figé lui aussi mais cette fois par la congélation et commercialisé par l’industrie de l’élevage qui dirige la chaîne de cette vie animale. Ces croisements entre le vivant et l’industrie opérés par l’agrobusiness et les politiques agricoles réduisent ainsi au stade de produit ces semences qui portent en elles paradoxalement la stérilité, volontaire dans une perspective de profit et de maîtrise de la production animale et végétale, ou involontaire car conséquente aux divers traitements pesticides et sanitaires.

Les semences questionne notre place dans cette chaîne. Nous en sommes les héritiers, mais en sommes-nous les derniers vivants ? »

Stéphanie Sagot
Artiste associée de La cuisine, centre d’art et de design, Maître de Conférence à l’Université de Nîmes (responsable du groupe de recherche en création située SITé, membre du laboratoire MICA, Bordeaux), artiste et curator.


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